Journal d'un Démon confiné (OHAS)
- Christabel

- 6 avr. 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2022
Que se serait-il passé si une pandémie s'était déclarée dans le monde d'Ella, Jonusheim ? Et comment l'un des personnages phares de cette trilogie, sarcastique à souhait, aurait-il réagi à un confinement soudain ? Voici la réponse, garantie sans spoil des tomes où il apparaît !

Avey : "J'aime le moment où le temps perd de sa substance, où tout se fige pour nous laisser seul avec nous-même. Ce moment où hier et demain ne veulent plus rien dire, où seul maintenant a un sens. Je sais ce que c'est. J'ai passé de nombreux siècles enfermé dans un collier, isolé, à voir les paysages et les gens s'altérer sans que le monde ne change pour autant. Les forêts resteront droites, les ruisseaux suivront leur cours, les herbes ondoieront toujours sous la brise et les abeilles retrouveront inlassablement le chemin de leur ruche, quoi qu'il advienne. Le temps est illusoire pour eux, il est immuable pour nous. Mais je ne suis ni un foutu arbre, ni un brin de flotte qui voyage et, alors que je subis les râleries intempestives de la vieille Démone qui me sert de grand-mère, je me demande s'il ne pourrait pas faire son œuvre sur certains un peu plus rapidement, juste pour rendre service. Pester est un sport national pour les membres de mon espèce... Je préfère quand même largement le son de ma voix à la leur ! — Toujours en vie l'ancêtre ? je note, déçu, en pénétrant dans la fournaise qui règne dans l'habitat.
La vieille bique me dévoile tous ses crocs dans un sourire silencieux, avant de me présenter un plat gratiné aux effluves alléchants. Y a pas à dire, elle a toujours été fin gourmet. Pour peu je regretterais presque d'avoir souhaité sa disparition. Pour peu... — Du cinq ans d'âge venu tout droit de ma réserve personnelle ! annonce-t-elle fièrement.
Elle sait me prendre par les sentiments. — Les meilleurs, je concède en me léchant déjà les babines. — Tu prendras une cuisse ou un bras ? elle demande, en tranchant avec dextérité les restes de ce qui devait être une petite tête blonde.
Elle sépare la pièce du reste de la viande et me la tend, pour que je la jette dans le foyer brûlant, dans un crépitement sonore. Nous ne mangeons jamais les visages de nos jeunes en-cas. Nous ne sommes pas des monstres après tout ! C'est pensif que je me mets à table. Déjà deux semaines sont passées depuis que les Magiciens ont ordonné notre retrait dans notre village, le temps que l'épidémie qui se répand à travers Jonusheim soit contrée. Ils n'ont sans doute pas apprécié que certains Démons infectés s'amusent à prendre l'apparence d'animaux domestiques pour mordre des humains malchanceux et leur transmettre de la sorte la maladie. Je ris dans ma barbe, l'idée était plutôt marrante... Mais les Mages et les hommes qu'ils protègent ont malheureusement un sens de l'humour bien étrange ! Un nouveau soupir de ma part et je me mets à penser aux jours à venir. Nous n'aurons bientôt plus assez d'enfants séchés dans nos caves et la solitude commence à me manquer. Si notre confinement venait à durer, je tenterai peut-être d'empoisonner la vieille la semaine qui vient, je manque cruellement de distraction..."
FIN DU JOURNAL.



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