Coups de cœur littéraires #1 [BILLET]
- Christabel

- 8 janv. 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2022

Dans ma vie de lectrice-auteur, je n'ai acheté que peu de livres, aussi surprenant que cela puisse paraître. Étant, comme je me qualifie moi-même, une dévoreuse impitoyable de romans depuis que je sais lire, la question des économies s'est vite posée pour mes proches, et c'est ainsi que, dès mon plus jeune âge, je foulais les planchers rutilants des bibliothèques de mon quartier, au grand soulagement du portefeuille familial. Si j'ai parfois reçu quelques livres en cadeau, j'ai donc, dès l'enfance, été habituée à emprunter des piles dangereusement hautes d'histoires et à ne pas connaître la "frustration librairie", comme je l'appelle (où je n'aurais pas pu emporter tout ce qui m'attirait, à moindre coût), plutôt qu'à acheter lesdites histoires. Heureusement pour moi, nonante (quatre-vingt-dix) pourcents du temps, celles qui m'intéressaient étaient toujours trouvables par ce biais, et je n'ai donc jamais vraiment eu à déroger à ma manière de (sur)consommer de la littérature. Pas même lorsque, après plus de vingt ans de bons et loyaux services de la part des bibliothécaires, j'ai rejoint le côté obscur de la Force, en passant de l'autre côté du comptoir de prêt (en devenant moi-même bibliothécaire, donc, pour ceux qui n'auraient pas compris la métaphore).
Pourtant, en ce froid Noël 2021, j'ai eu envie de briser tous les interdits (vous me dites, si j'en fais un peu trop), en m'offrant non pas un, mais bien trois romans auto-édités, dont la stratégie de communication redoutablement efficace de leur auteurice avait fini par avoir raison de moi, et qui me faisaient de l'œil depuis un sacré bout de temps maintenant (les livres, pas les auteurices). Le 24 au soir, j'ai donc eu la chance, à défaut d'avoir la surprise, de retrouver les deux premiers tomes de la saga de Michael Bielli, Mardaas, ainsi que le roman jeunesse de Christelle Lebailly, Lula et les monstres, sous le sapin. Deux auteurices au contenu et à la personnalité que j'affectionne tout particulièrement, et que je suis sur leurs différents réseaux depuis... je ne sais plus quand, mais ça commence à sérieusement dater. D'ailleurs, si vous cherchez des conseils d'écriture, du contenu intéressant-pertinent-drôle et des personnalités extra (ou si leurs romans vous intéressent), après vous être abonné à moi bien sûr, parce que vous venez de vous rendre compte que je collais parfaitement à la description, je vous invite vivement à aller leur envoyer de la force sur Instagram et/ou Youtube (liens en cliquant sur leur nom ou le titre de leur roman). Ils le méritent et, en tant qu'auteurices auto-édité·es, ce genre de soutien et de bonnes ondes, en plus de faire plaisir, c'est hyper important !
La moitié de ma vie maintenant racontée, je vous laisse avec ce que j'ai pensé de mes trois lectures de la semaine.

Mes lectures ont commencé, cette année, avec Lula et les monstres, un excellent premier roman de l'autrice Christelle Lebailly, que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir (et dévorer), en une soirée !
Dans un monde onirique, à cheval entre fantastique et réel, la poésie des mots se mêle à un sous-texte fort, que j'ai trouvé très intelligent, original, et amené avec beaucoup d'émotions et de tendresse. Une vraie ode à l'imagination, pour ceux/celles qui aiment voir des mystères, derrière des portes closes et des mondes fantastiques, dans l'ombre d'une ruelle déserte. Un tableau réaliste de l'enfance, de sa douceur à sa cruauté, parfois.
Certaines répliques étaient magnifiquement bien écrites et marquantes, pour moi, tout comme les messages cachés et les thématiques abordées, derrière l'univers riche en couleurs que l'autrice nous propose. L'ouvrage a beau être à destination de la jeunesse, j'ai trouvé le choix et le développement des thèmes, sombres et en filigrane tout au long de la lecture, magnifiquement bien réalisés. Même si l'on comprend vite que quelque chose cloche, et quoi, cela ne gâche en rien le plaisir de la lecture, et le suspense de l'aboutissement de l'histoire.
J'ai trouvé la lecture addictive, les personnages attachants (ou inquiétants), le scénario surprenant et nouveau. Ce roman a été une très belle découverte et un coup de cœur, que je recommande à tous·tes les amateurices de Young Adult et/ou d'univers oniriques !

Généralement, lorsqu'une histoire continue de vous trotter en tête, même une fois le marque-page glissé à l'intérieur du roman, c'est plutôt bon signe. Et c'est ce qu'il s'est passé, lors de ma lecture des deux premiers tomes de la saga de Michael Bielli : Mardaas. Mardaas, ce n'est pas l'histoire d'un héros ordinaire, ce n'est pas non plus celle du "gentil, qui affronte les vilaines forces du mal" (n'y voyez aucune critique en sous-texte, c'est aussi, globalement, ce que j'écris !). Mardaas, c'est plutôt le mélange, subtilement réussi, du protagoniste et de l'antagoniste, qui ne forment plus qu'un, en un Seigneur de Feu aussi badass que redoutable. Si l'humour de l'auteur m'avait déjà convaincue, celui de ses personnages ne m'a pas déçue et c'est dans un univers riche, mais distillé au lecteur avec finesse, à l'intrigue bien ficelée, aux réparties aux petits oignons et aux personnages aussi attachants que terrifiants, pour certains, que j'ai eu le plaisir d'évoluer, pendant plusieurs heures. Entre plusieurs lignes de dialogue percutantes (j'ai encore le souvenir de certaines, c'est dire à quel point j'en ai apprécié la composition), je me suis surprise à éprouver de l'empathie pour l'Immortel, en regard de son vécu, et à m'attacher à lui. Mais, Mardaas n'a pas de grand méchant que le nom et, dès que je m'imaginais un peu trop lui proposer une partie endiablée du jeu du caillou, je devais essuyer un retour de flammes assez violent, bim, directement dans les gencives. Parce que les anti-héros qui n'ont, pour seul forfait, que la réputation de tirer de temps en temps la queue d'un chat en passant, ce n'est pas honnête, c'est décevant, et ça rend chafouin à la fin du livre. En cela, l'auteur tient ses promesses et on finit par détester adorer son protagoniste même si, dans le fond, on sait qu'on ne peut pas s'en empêcher.
En plus d'avoir réussi le pari de construire un univers, une intrigue et des personnages vraiment bien ficelés et attachants, en plus d'être originaux, pour moi, le véritable coup de maître de Michael Bielli réside donc dans son "anti-héros" principal : Mardaas. S'identifier à lui ou, tout du moins, l'apprécier malgré ses actes, était déjà une mission difficile, et cela aurait pu tout à fait s'arrêter là pour avoir un bon livre. Mais le personnage continue de nous surprendre et, chaque fois que l'on pense commencer à comprendre ses réelles motivations et leurs causes, notre sens moral rentre en confrontation avec celui, un peu plus douteux, de l'Immortel... pour se finir en bagarre, dans notre petit cœur carbonisé, qui ne sait plus s'il doit crier au coup de génie, ou à la révolte.
Si je me suis concentrée sur le personnage principal dans cette brève chronique, il y aurait encore beaucoup de choses positives à dire toutefois, concernant ces deux premiers tomes. Mais, sur ces points, je vous laisserai vous faire votre propre opinion (mon avis ne devant pas trop tirer sur la longueur, pour rester digeste) car, après une lecture aussi surprenante qu'agréable, je ne peux que chaudement vous recommander cette saga (et son auteur, sur Youtube et Instagram, si vous êtes sensible à son humour) !

Ça y est, après avoir épuisé la quasi entièreté du champ lexical du feu et, je l'espère, vous avoir donné envie de découvrir les romans dont je vous ai parlés aujourd'hui, je ne peux conclure cette modeste chronique que par deux souhaits : celui que Lula évite désormais les forêts, de nuit et que Grinwok retrouve un terrier digne de lui, dans un avenir proche !
Et vous, vous oseriez tenir tête à un Immortel, craint par plusieurs générations d'humains, ou entreprendre une quête inquiétante, à travers des bois qui regorgent de mystères, la nuit, pour sauver un proche ? Une de mes lectures vous a-t-elle tenté·e ? Je vous remercie de m'avoir lue et vous dis à samedi prochain, pour un nouvel article sur ce blog.
Christabel.






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