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L'anti-guide de l'écriture : le meilleur du pire !

  • Photo du rédacteur: Christabel
    Christabel
  • 28 août 2021
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 23 déc. 2022



Imaginez un guide. Un magnifique livre à la couverture pelliculée, qui scintille sous l'éclat des néons de votre librairie de quartier. Le titre est aguicheur et attire toute votre attention : "Découvrez les meilleurs conseils pour écrire un best-seller". Vous êtes curieux et curieuses d'en découvrir le contenu, car vous êtes persuadé·e qu'il rescelle le Graal, la pointe en matière de conseils d'écriture et ça tombe bien... car ce n'est absolument pas de cela dont nous allons parler aujourd'hui.


Non, si je devais vous présenter le contenu de l'article du jour, je vous sortirais plutôt un autre ouvrage, d'une étagère sombre qui prend la poussière dans un coin de la boutique : "L'anti-guide de l'écriture". Et, bien évidemment, puisque j'adore faire des présentations à contrepied (en témoigne mon article de la semaine précédente, que vous pouvez retrouver juste ici), ce guide du meilleur du pire serait signé par bibi, votre humble serviteur. Parce qu'être auteurice c'est aussi produire un premier jet qui ne sera pas parfait du premier coup, malgré tous les supers conseils d'écriture qu'on aura pu lire, voici les cinq erreurs à éviter - si possible - ou à rectifier lors des corrections ! Et bien évidemment, si je vous en parle, c'est qu'elles me sont familières. Allez, c'est parti.



# 1 : La ponctuation


Seriez-vous capable de réciter une tirade de plusieurs pages, sans reprendre votre souffle ? Si vous me répondez oui, c'est que soit vous avez le sens de l'honnêteté d'un truand en garde à vue, soit que vous vous appelez Stéphane Mifsud (recordman du plus long temps en apnée). Dans les deux cas, j'ai le regret de vous annoncer que vous faites partie d'une minorité. Heureusement, les langues sont bien faites et offrent un allié de poids : la ponctuation. Au risque de créer la controverse (même si le risque est faible, on ne va pas se mentir), pour moi, la ponctuation c'est un peu le ciment qui constitue les fondations d'un texte. Vous aurez beau utiliser des mots percutants, s'ils ne sont pas bien assemblés et/ou séparés entre eux, votre phrase perdra tout son charme, ou toute son intensité. C'est un exemple bien connu mais écrire "On mange, les enfants !" et "On mange les enfants !" n'amènera pas le même sens dans l'esprit des lecteurices. Il est donc primordial d'accorder une attention toute particulière à la ponctuation lorsque l'on se relit. Maîtriser cet art, c'est pouvoir en jouer dans ses textes, indiquer l'intention, le rythme ou altérer le sens de ses phrases... mais avec parcimonie tout de même !


Prenons comme exemple les points de suspension. Dans une utilisation classique, ils permettent d'indiquer une suite d'idées, une hésitation ou un sous-entendu, mais également de signaler que la phrase a été brutalement interrompue, par un événement ou par un autre personnage. À outrance, les points de suspension deviennent pourtant lourds, surtout s'ils sont utilisés à chaque ligne de dialogue.

" — Pourquoi tu ne finis jamais tes phrases ?

— Je n'aime pas parler...

— C'est parce que t'es trop dark comme perso, c'est ça ?

— Je sais pas... Je crois que... Heu...

— Non mais ça va, laisse tomber ! "

Parfois, un verbe (Il hésite ; Il laisse sa phrase en suspens) ou une description (Ses joues s'empourprent et son regard devient fuyant) s'avèrent être tout aussi efficaces pour faire transparaître l'état d'esprit, ou le caractère de votre personnage. Alors n'hésitez pas à varier les plaisirs !


Pour résumer ce point, je vous dirai simplement : soignez votre ponctuation (en vous renseignant sur les différents usages et les moments propices pour utiliser tel ou tel signe, parce que, oui, c'est un apprentissage en soi), car elle est tout aussi importante que vos lignes de dialogues ou la tournure de vos descriptions. Utilisez ces signes dans un contexte correct, ne faites pas de phrases trop longues (ça va piquer mais, non, Jean-Didier, faire une phrase qui ne s'arrête qu'au bout de deux pages format A4 ce n'est pas "avoir du style"), placez avec soin vos virgules et vos points pour alléger la lecture... Sublimez vos phrases, tout simplement, car on ne peut pas construire quelque chose de solide si les fondations ne sont pas bonnes !



# 2 : Les dialogues


Pour ce second point, j'avais envie de vous parler d'une erreur que je commettais très régulièrement dans mes textes (et je ne suis pas la seule) avant de découvrir, il y a peu, que c'en était une : il ne faut pas mettre de double incise dans un même dialogue. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas ce terme, une incise est une courte proposition, insérée à la suite d'une autre. Petit exemple pour illustrer mon propos : "Regarde-moi cet article. Elle parle de soigner la longueur de ses phrases, alors qu'elle rajoute des commentaires entre parenthèses partout dans ses posts ! Quelle absurdité, s'insurge-t-elle en soupirant."

Ici, "s'insurge-t-elle en soupirant" est ce qu'on appelle une incise. Dans les dialogues d'un roman, celles-ci permettent souvent d'indiquer la manière dont la phrase est prononcée (ricane-t-il ; crie-t-elle ; soupire-t-il ; sanglote-t-elle, etc.). Il s'agit d'un allié précieux de l'auteurice mais, comme pour la ponctuation, il ne faut pas en abuser. De fait, on ne verra jamais une double incise dans un dialogue, même si parfois la tentation est grande. Choisissez-les donc avec soin (ou découpez vos tirades en plusieurs parties) !

Voici, pour vous aider, un exemple de ce qui ne se fait pas... :

" — Tu vois bien que ça fait partie de son style, objecte-t-il. Et puis nous on est que des voix dans sa tête, qu'est-ce qu'on y connaît en écriture ? ajoute-t-il avec un sourire amusé."


... Mais de ce qu'on fera à la place :

" — Tu vois bien que ça fait partie de son style. Et puis nous on est que des voix dans sa tête, qu'est-ce qu'on y connaît en écriture ? objecte-t-il avec un sourire amusé."

ou

" — Tu vois bien que ça fait partie de son style, objecte-t-il avec un sourire amusé. Et puis nous on est que des voix dans sa tête, qu'est-ce qu'on y connaît en écriture ?"



# 3 : La mise en page


Dans l'élaboration d'un roman (ou autre projet), la mise en page est primordiale. Encore plus si l'auteurice est auto-édité·e, et qu'iel doit donc la réaliser lui-même ou elle-même ! C'est pour cela que de nombreuses règles existent, afin de l'aider à proposer un livre fini qui ressemblera, à s'y méprendre, à un comparse paru par le biais d'une maison d'édition. Parmi les cases à cocher pour un rendu professionnel (comme le format, la taille des marges, la/les police(s) à utiliser, etc.), la mise en forme du texte est un élément clé. Mais que faut-il faire exactement et, surtout, sur quelles mesures se calquer ? Promis, il n'y a rien de plus simple (à part respirer peut-être...), alors reprenons depuis les bases !


Tout d'abord, votre corps de texte doit être justifié (aligné) des deux côtés, comme c'est le cas pour cet article. Pourquoi ? Parce que c'est plus esthétique, mais aussi parce que ça apporte un confort de lecture non négligeable. Et la lecture n'est-elle pas censée être agréable avant tout ? Il s'agit d'une petite manipulation assez simple à faire et l'emplacement du raccourci - qui varie en fonction du logiciel que vous utilisez pour écrire - se trouve très facilement sur Internet.


Ensuite, il vous faut choisir la taille de votre interligne (espace qui sépare deux lignes de texte). Usuellement, celui-ci est de 1.15 cm et, à nouveau, la manière de vous y prendre avec votre logiciel est trouvable en un clic sur le web.

Concernant le texte en lui-même maintenant, il est important que vous le divisiez en paragraphes (généralement, une idée = un nouveau paragraphe ; de même lors de la reprise de la narration, avec un retour à la ligne après un dialogue - sauf pour les incises -) et que vous introduisiez chaque nouveau dialogue par un tiret quadratin (un "double-tiret" qui n'est, attention, surtout pas un tiret d'une liste à puces, soyez vigilent·e !).

Enfin, chaque nouveau paragraphe et tiret quadratin sont précédés d'un alinéa (un retrait par rapport à la marge), dont la taille est généralement de 0.5 cm.

Note : pas de panique, cela fait beaucoup d'informations et de termes spécifiques d'un coup à retenir, avec très peu de temps pour vous détailler le tout (ce n'est pas le but de l'article du jour), mais sachez que chacune des actions présentées ci-dessus peut être automatisée avec votre logiciel (même pour les alinéas et les tirets). J'ai veillé à utiliser les termes techniques corrects, n'hésitez donc pas à faire une petite recherche sur le net si le sujet vous intéresse. Les explications qui y sont données sont accessibles et réalisables, tous niveaux informatiques confondus !


Petit exemple du rendu final, une fois toutes ces règles appliquées :

" — Ça y est, c'est le moment où elle va encore nous faire parler pour rien.

Elle soupire, agacée.

— Ça te donnera l'occasion de dire un truc intelligent pour une fois, au lieu de râler ! réplique-t-il, à bout de patience.


Ce n'était pas de sa faute, elle avait toujours détesté que quelqu'un se serve d'elle pour parvenir à ses fins. À cet instant, elle se sentait comme une vulgaire marionnette entre les mains de son auteur. Et elle avait horreur de ça..."



# 4 : Bannir les adverbes


Alerte, sujet sensible ! Je répète : alerte, sujet sensible ! Ceci n'est pas un exercice !

"Brûlez-moi ces adverbes que je ne saurais voir... S'il y a bien un conseil d'écriture qui revient régulièrement, partout, c'est celui là. Il est d'ailleurs tellement souvent rabâché aux auteurices que la plupart ont fini par en oublier son sens profond (moi la première). Non, il ne faut pas supprimer TOUS les adverbes de son texte, il ne faut simplement pas en abuser, nuance. À l'origine, ce conseil ne se voulait d'ailleurs pas aussi extrême, puisqu'il suggérait aux auteurices qui débutaient d'éviter l'emploi des adverbes, car ceux-ci et celles-ci avaient tendance à s'en servir à tort et à travers, dans des contextes inadaptés. Ce n'était donc, à la base, absolument pas lié à la nature du mot, mais à son utilisation. Mais alors, où se positionner ?


Personnellement, je n'ai pas banni les adverbes de mes textes. Je ne m'amuse d'ailleurs pas, non plus, à les remplacer par des tournures de phrases plus alambiquées quand leur utilisation est pertinente. Je dirai donc "patiemment" et non pas forcément "avec patience", ou en tout cas pas juste pour dire que je n'ai pas employé un adverbe ! Si le mot que vous cherchez est bien celui-là et qu'il est assez précis pour son contexte, pourquoi le boycotter pour la forme ? Ça ne veut pas dire qu'il faut tomber dans l'autre extrême, et en utiliser tous les trois mots (là, effectivement, ce serait beaucoup moins esthétique), d'autant plus s'ils sont trop vagues. Qu'est-ce que j'entends par vague ? Petits exemples : dire "parler fort" au lieu de "crier", parler difficilement au lieu de balbutier, un homme très grand au lieu d'un homme immense/un colosse, etc. La langue française est riche et la question de savoir si un mot plus adapté existe, et l'utiliser, mérite d'être posée.

À mon sens, un adverbe utilisé à bon escient n'appauvrit pas la langue française ou n'est pas "moche". Mais ce n'est que mon avis, et je respecte autant ceux et celles qui traquent sans relâche ces mots dans leur texte que ceux et celles qui assument pleinement leur amour pour eux. Chaque auteurice est différent·e et mérite que l'on respecte ses choix. Alors libre à vous de tenir compte, ou non, de ce point lors de votre écriture/vos corrections.



# 5 : Littérature francophone VS anglo-saxonne


Pour terminer cet article en beauté, j'avais envie de partager avec vous une cinquième erreur que je fais encore lorsque j'écris (mais je me soigne, ou en tout cas je débats intérieurement pour voir si j'y tiens, ou non). Et je ne suis pas la seule !


Dans de nombreux domaines, nos pratiques diffèrent de nos voisins anglo-saxons et, cette fois encore, la littérature ne fera pas exception. De fait, si en langue française on sépare bien les dialogues et la narration dans un roman (en changeant de ligne/paragraphe), ce n'est pas forcément le cas dans la littérature anglaise, où les deux se succèdent à la même hauteur dans un texte, sans distinction particulière (ce qui peut parfois prêter à confusion, est-ce le personnage qui parle ou à nouveau une description ?).


Dans un roman anglo-saxon, il ne sera donc pas étonnant de voir :

" — Et c'est reparti ! Franchement, elle peut pas nous lâcher la grappe ? Seul le silence lui répond.

— T'es toujours là ? Rien. Elle lâche un profond soupir."


Tandis qu'en littérature francophone, il sera d'usage de voir une mise en page telle que :

" — Non mais c'est bon, ça suffit. Cette fois je me tire...

Ses pas énervés résonnent autour d'elle alors qu'elle s'éloigne.

— On est dans une boîte crânienne je te rappelle, pas un Jardiland ! M'enfin, si jamais tu trouves une sortie de secours, surtout tu m'appelles hein.

Il l'entend grommeler au loin. Ça le fait ricaner."


Reprendre sa narration à la même hauteur que ses lignes de dialogue, c'est donc bien une erreur et... ce n'est pas très patriotique, il faut bien l'admettre ! Pourtant, écrire "à l'anglaise", ça peut avoir des avantages, comme un gain de place considérable par exemple. Ça a le mérite de réduire légèrement le nombre de pages du livre et donc, par extension, son prix de vente. Pour les auteurices auto-édité·es qui travaillent avec certaines plateformes d'impression plus onéreuses (dont le prix à la page est déjà plus élevé de base et dont la facture grimpe rapidement plus la taille de l'ouvrage est conséquente), cela peut leur permettre de vendre leur ouvrage à un prix qui reste raisonnable pour les lecteurices. Parce que personne n'achètera un ouvrage de trois-cents pages à vingt euros, même en sachant qu'il s'agit du tarif minimum pour que l'auteurice ne touche que quelques maigres euros de droit d'auteur. Encore plus si d'éventuelles librairies doivent, elles aussi, toucher une commission sur les ventes. C'est un problème qui ne touche pas tous·tes les auteurices, même indépendants, certes, mais il existe bel et bien et il faut trouver des solutions pour y pallier. Ce qui ne signifie pas, pour autant, que tous les auteurices qui privilégient la mise en page anglo-saxonne le font pour cette raison-là, ou le font même consciemment ! C'est à vous de juger si vous considérez ce dernier point comme une erreur, ou non, pour votre écriture.

Note de la moi du futur de 2022 : j'ai finalement considéré ce point comme une erreur et écris maintenant "à la française" !


Et vous, quelles sont les erreurs récurrentes contre lesquelles vous devez batailler ? Certaines faisaient-elles partie de cette liste ?


Christabel.



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