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Réécrire ma saga : du tabou à l'acceptation

  • Photo du rédacteur: Christabel
    Christabel
  • 3 déc. 2022
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 déc. 2022


Durant l’été 2020, alors que j’entamais l’écriture du quatrième et dernier tome de ma saga de fantasy (qui ne s’appelait pas encore Of Heart and Stones à l’époque), j’ai décidé de reprendre entièrement les tomes un et deux de mon projet en cours, deux ans après leur publication en autoédition. Un projet qui m’accompagnait depuis des années déjà. Et, même si à aucun moment je n’ai regretté cette décision, pendant longtemps ça a été tabou pour moi d’en parler autour de moi. Parce que j’éprouvais une honte terrible vis-à-vis de ces deux romans, pour ce qu’ils avaient été. Encore plus en songeant que ceux-ci avaient été lus… et achetés par certaines personnes, proches ou non. Aujourd’hui, je vous raconte pour la première fois l’histoire de cette « réécriture de la honte », de sa genèse à son acceptation, sans tabou.


Lorsque j’ai commencé à écrire la première version du tome un de ce qui deviendrait OHAS plus tard, je réalisais en fait mon tout premier roman également. Avant ça, quelques histoires d’enfant d’une page A4 et une nouvelle pour un cours de français venaient bricoler les bases de ma carrière d’autrice. Autant l’admettre tout de suite, une fois passée de l’autre côté du miroir, je n’y connaissais rien et j’étais encore jeune. J’avais beau être une lectrice assidue et dévorer des romans à la pelle, une fois qu’il a été question de me lancer, il ne s’agissait plus que d’un joli freestyle naïf. À l’époque, j’ignorais tout des réseaux sociaux, des conseils qu’on pouvait trouver un peu partout sur Internet, je n’imaginais pas à quel point se renseigner et se former pouvaient être important. J’étais à mille lieues des bases, des concepts et des astuces qui permettent de ficeler une intrigue. Tout ce que je voulais, c’était poser sur papier les idées qui me trottaient dans la tête. Et, même là, j’ignorais encore où j’allais : je n’ai connu la fin de mon tome un qu’en y arrivant. Avec en plus la révélation que cette histoire ne pouvait pas s’arrêter là, il lui fallait une suite.


Un premier jet un peu décousu, sans réelle intrigue ni enjeux construits et un tome deux qui partait vers de la fantasy plus tard, un long laps de temps s’était écoulé. Quand j’ai entamé le troisième tome de ma saga, j’avais déjà autopublié ses prédécesseurs et me confrontais pour la première fois aux avis de mon entourage. Parce qu’évidemment, j’avais fait corriger l’orthographe avec les moyens du bord (à savoir mes connaissances d’étudiante pour devenir institutrice), mais j’ignorais tout du monde des correcteurices, bêta-lecteurices, etc. Ajoutez à cela que j’étais incapable de faire une couverture pro et vous aurez l’exemple parfait de tout ce qu’il ne faut pas faire quand on se lance. Je dois l’admettre, j’ai contribué à la mauvaise image que certaines personnes ont de l’autoédition, en étant un cliché ambulant de toutes les critiques que ces mêmes personnes pouvaient évoquer. Quand on est seule, sans aucune expérience et qu’on découvre à peine Internet, on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a. Ça n’en reste pas moins un de mes plus amers regrets.


Quand je me suis confrontée à mes premiers retours donc, tout ne s’est pas passé exactement comme prévu. Si j’avais surtout voulu me faire plaisir pendant l’écriture, je réalisai que contenter mes attentes à moi seule n’était pas suffisant et que pour d’autres lecteurices assidu·es, mes erreurs de débutante seraient d’autant plus visibles que ces mêmes personnes ne vivaient pas constamment avec la tête dans le guidon, comme c’était mon cas. Si les personnages vivaient en moi, ils étaient en réalité très peu dépeints dans le livre, creux, sans relief, les descriptions étaient rapides, parfois inutiles et l’intrigue était… plate. Il ne se passait pas grand-chose, il y avait des manques, des incohérences et des éléments qui n’étaient clairs et détaillés que dans ma tête. Quant aux règles de mise en forme d’un manuscrit… Bref, tout ce qu’un premier jet d’une jeune ado de onze-douze ans inexpérimentée, qui avait tout fait toute seule pouvait offrir. L'écriture, quand on n’a aucune base en rien (je ne cherche pas à être dure avec moi-même, seulement réaliste), c’est un peu chercher à gravir une montagne les yeux bandés.


Sur le moment, je ne pouvais pas avoir le recul pour voir toutes ces choses et si je comprenais que mes deux premiers tomes étaient loin d’être parfaits, je n’imaginais pas encore à quel point c’était problématique. Et à quel point je le vivrais mal plus tard. Je me suis donc lancée dans l’écriture de ce fameux tome trois bille en tête, avec l’idée d’améliorer tous les points soulevés, sans pour autant envisager une seule fois de réécrire totalement ses prédécesseurs. Pour ce tome, j’ai sué chaque ligne. J’essayais de m’améliorer, tout en tâchant d’être à la hauteur de l’histoire plus ambitieuse que j’avais imaginée pour cette suite. Ce tome trois, c’est le tome de beaucoup de premières fois. Celui des vraies péripéties, des descriptions plus travaillées et de l’arrivée des sentiments palpables, à la lecture. Quand je l’ai terminé, le décalage entre ce roman et les deux précédents était tel que je n’ai pas pu nier l’évidence plus longtemps. Et si mes tomes un et deux n’étaient pas aussi bien que je l’aurais voulu ? Mais, malgré tout, j’étais encore loin de me rendre compte d’à quel point je m’y connaissais peu. Je me suis débrouillée comme j’ai pu pour faire une « vraie » couverture bidouillée avec Word, j’ai fait appel à deux bêta-lecteurices bénévoles. C’était mieux, mais pas meilleur. Ma couverture avec sa police difficilement lisible laissait transpirer l’amateurisme et les premier·es lecteurices n’étaient pas professionnels (sans compter qu’ils prenaient l’histoire à partir du tome 3, difficile de suivre ou de relever les incohérences générales de là) : à part quelques fautes d’orthographe soulignées, leur retour s’est arrêté là. Impossible de leur en vouloir, j’ai fait n’importe quoi, je n’avais pas de demande précise et je leur avais laissé très peu de temps pour me rendre leur avis. Comble de la mauvaise idée, je n’avais toujours pas compris que passer par un·e correcteurice était une étape indispensable, j’ai donc encore décidé de tout faire moi-même.


Malheureusement, ou heureusement pour moi, le Covid est arrivé au moment de faire mon deuxième salon et ce tome trois est resté gentiment dans une caisse à la maison, en compagnie de ses deux grands frères, en attendant d’être présenté à quelques proches et ami·es. J’ai pris mon mal en patience et, venue de nulle part, j’ai soudain eu l’intuition que mon histoire méritait un quatrième tome. Je ne me rappelle plus quand exactement, ni pourquoi, mais c’est ce tome-là qui a tout changé. Mon style avait tellement évolué avec ce premier jet-là, j’avais tellement évolué moi-même, pendant l’écriture je me suis découverte en tant qu’autrice et j’ai su, qu’enfin, je touchais du doigt ce que je voulais atteindre. Mais pour que ma saga atteigne elle aussi ce niveau, cela rimait forcément avec réécriture. Et elle ne serait pas petite, non. Il fallait tout reprendre à zéro, en ne gardant que ce dernier tome intact.


Lorsque j’ai réalisé à quel point j’avais fait « n’importe quoi » depuis le début, le retour à la réalité a été piquant. Surtout en voyant tout ce que j’avais à rectifier dans ces trois premiers tomes, avant de pouvoir me regarder dans le miroir en me disant que je méritais enfin de me prétendre autrice. J’ai fait énormément de recherches. J’ai appris. Assimilé des conseils d’écriture, rejeté d’autres. Puis j’ai sorti le burin et j’ai tapé dans les fondations. J’ai tout repris du début. J’ai creusé mes personnages et leurs relations beaucoup plus en profondeur, j’ai réinventé totalement une intrigue digne de ce nom, loin de la naïveté oisive de l’histoire d’origine, pour en faire quelque chose de plus dense – et de plus sombre, en passant. J’ai développé mon worldbuilding, j’ai travaillé ma plume Depuis, le combat a été long, mais je suis parvenue à faire de cette expérience un moteur et à transformer cette gêne viscérale que j’éprouvais en quelque chose de plus fort encore : de l’acceptation. Et quand je vois à quoi ressemble l’histoire que j’ai en tête à présent, à ce tome un presque achevé qui a muri en moi et s’est étoffé, pour le mieux, à mes ambitions pour le deuxième et à l’image globale que renverra ma saga une fois achevée, je peux même enfin dire que j’éprouve de la fierté vis-à-vis de mon travail. Mais ce n’est pas tout.


OHAS tome un, c’est aussi l’histoire d’un dépassement de soi. L’histoire d’une autrice escargot qui enchaînait les blocages, pour réussir ensuite à écrire 150.000 mots en l’espace de six mois seulement. Laborieusement, jour après jour, malgré les petits échecs, les doutes et les déceptions, mais surtout avec une volonté et un acharnement qui me laissent emplie de fierté aujourd’hui pour le chemin accompli. Un chemin qui m’a permis de croire en cette histoire que je porte en moi depuis plus de dix ans. Un chemin qui m’a montré que j’étais capable de soulever des montagnes, que j’en valais la peine. Que j’avais le droit et que je méritais de croire en moi également.


Alors voilà, oui j’ai réécrit ma saga, parce qu’en me renseignant et en me formant je pouvais faire beaucoup mieux, amener cette histoire en moi à son plein potentiel, loin de toutes les erreurs de débutante que j’ai pu faire. Oui j’éprouve toujours un peu de honte en pensant aux premières versions des premiers tomes de ma saga, mais j’accepte aujourd’hui de les voir tels qu’ils sont : un apprentissage, une découverte, un essai, une partie du chemin… pas un échec.


À celleux qui ont découvert mon univers sous son jour le plus imparfait, brut et jeune et qui l’ont aimé pour ce qu’il était, qui ont continué à m’encourager et à me suivre quand j’ai choisi de faire table rase du passé, merci. À celleux qui sont là depuis le début et qui ont la patience d’attendre, encore et toujours, de découvrir où mon imagination va les mener, du premier à l’ultime tome que personne n’a encore jamais lu, merci. À ma maman, mon héroïne sans langue de bois qui a eu le courage de me dire les choses telles qu’elles sont, même si je suis sa fille, même si elle se noyait de fierté pour ce que j’avais déjà accompli, merci. Ta vérité et tes remarques, parfois dures à entendre pour moi, ont été le ciment des fondations sur lesquelles j’ai construit cette nouvelle facette de ma saga. À celleux qui m’ont découvert récemment sur les réseaux sociaux et qui suivent avec curiosité mes pérégrinations, pour faire de cette histoire MON histoire, une histoire que je porterai à jamais en moi et que je peaufine chaque jour pour vous en offrir la meilleure version possible à sa sortie, merci. Enfin, à l’enfant et la jeune fille que j’ai été. Qui y a cru à chaque instant, des premières lignes posées à ces envois infructueux en maison d’édition (et pour cause), qui n’est pas tombée dans le piège d’un éditeur à compte d’auteur, qui s’est battue jusqu’à vivre son rêve grâce à l’autoédition. Qui a pleuré d’émotion en tenant son livre pour la première fois entre ses mains, qui l’a aimé sans mesure. À celle qui a dû encaisser le poids de ses erreurs et la honte qu’elle ressentait, à celle qui s’est battue, qui a refusé d’abandonner, qui s’est dépassée et y a cru, encore et encore, même quand elle s’est perdue en route, merci. Tous ces coups durs en valaient la peine. Tout ce chemin parcouru en valait et en vaudra toujours la peine.


Envie d'en découvrir un peu plus sur l'histoire de cette réécriture ? Je vous invite à aller découvrir l'un de mes premiers articles sur le blog (juste ici), à l'époque où je me livrais officiellement pour la première fois à ce sujet.


Christabel.





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