Tu reprendras bien une part de gâteau ?
- Christabel

- 4 nov. 2018
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 déc. 2022
"Tu devrais faire un régime".

Cette phrase, on est des tas de filles et - stop les clichés - de garçons aussi à l'avoir entendue. On pourrait penser que c'est généralement dit par des malotrus dans la rue. Et bien non ! Le plus souvent, ces délicates paroles sont prononcées par des membres de notre famille, ou par nos amis proches.
Disclaimer, vous sentirez très certainement à la lecture un changement dans mon style d'écriture (pour ceux et celles qui sont habitué·es à me lire), une entrée en matière plus rapide, des phrases directes, sans fioritures. Et beaucoup de sarcasme ? Pourquoi user de poésie sur un sujet où la langue la plus usée est la langue de vipère et non plus celle de Molière ? Allez, c'est parti !
Aujourd'hui, à travers ce témoignage, j'aimerais parler de mon quotidien, des remarques que je dois encaisser mais aussi de mes complexes sur mes rondeurs, sans tabou ni artifice, parce qu'on n'en parle pas assez et que surtout, je (et on) commence à en avoir marre.
"Tu es en surpoids, tu devrais faire attention à ce que tu manges"
Ben oui, bien vu Géraldine. Comme quoi tes lunettes te servent à quelque chose ! C'est fou d'entendre ça, comme si le fait de le faire remarquer à la personne concernée allait faire fondre sa graisse d'un coup.
Mesdames, ou Messieurs, c'est bien gentil de vouloir nous le dire mais on SAIT. On se voit tous les jours dans la glace, tous les matins en s'habillant on essaye de les camoufler ces formes qu'on déteste (je parle pour celles et ceux qui ne s'assument pas). Et, pour la plupart d'entre nous, on en souffre et on en a honte.
Et, pour ne pas généraliser, je vais continuer en "Je".
Je sais à quoi ressemble mon corps, je l'ai vu évoluer depuis des années. Alors, effectivement, j'ai bien conscience d'être en surpoids. Les personnes me faisant des remarques ne veulent peut-être pas volontairement me blesser. Seulement, c'est le cas. Parce que, même sans leur intervention, on se culpabilise tout·e seul·e. Chaque part de gâteau, chaque craquage quand j'ai une fringale, chaque frite ou autre "junk food" que je peux manger, je les regrette après. C'est fou à quel point on peut se sentir nul·le parce qu'on a mangé quelque chose qui, on le sait, ne nous aidera pas à perdre du poids. Pour ma part c'est vraiment une souffrance. Alors, s'entendre dire à travers la bouche de personnes qu'on aime qu'on ne devrait pas manger telle ou telle chose, c'est d'autant plus dur à encaisser. C'est dire tout haut une souffrance que, nous, on ressent tout bas. C'est se prendre une claque dans la figure, alors qu'on est déjà assez horrible envers soi-même.
"Pourquoi tu ne mets jamais de robe, ça te va bien ?"
Pourquoi je ne mets jamais de robe ou de short ? C'est simple mais, malheureusement, même entre personnes rondes c'est tabou d'en parler.
Le désavantage, quand on a de fortes cuisses, c'est qu'elles se touchent en permanence. Alors oui, c'est chouette en hiver parce que les courants d'air ne passent pas et que ça tient chaud (sarcasme sort de mon corps) mais, dès qu'on met des robes (ou des shorts, si vous avez bien suivi), ça pose problème.
Quand on marche, par exemple, cela crée un mouvement de friction. Donc, après un certain temps (très court, malheureusement), les cuisses se mettent à chauffer sur certaines zones, le haut des cuisses la plupart du temps. Cela crée de magnifiques plaques rouges qui, surprise, sont comme des brûlures! Ça pique, ça brûle et, au moment de la douche, vous serrez les dents parce que c'est douloureux de passer dessus avec vos amis savon et eau chaude. Heureusement, il y a des solutions pour éviter ça, comme mettre des bas-collants, par exemple, même si ce n'est pas toujours très efficace, ou bien encore mettre des pommades "grasses" (qu'on vend dans le commerce), pour faire glisser les jambes plus facilement et ainsi éviter les brûlures.
Outre ce problème physique, il reste l'image mentale qu'on a de nous et qui, soyons honnêtes, est sans doute le pire.
Camouflable en hiver, nous sommes bien obligés d'exhiber un peu plus notre corps avec l'arrivée de notre ennemi numéro un, l'été. Aaaah l'été : le soleil, les corps taille mannequin, la plage... Ouïe ! La plage ! Et, si on ne veut pas faire cliché : votre jardin, la rue, les transports en commun ou un quelconque endroit hors de chez vous.
Que vous vous assumiez ou non, vous ne pouvez pas manquer les regards qui se posent sur vous à votre passage, les réflexions sur votre physique ou les regards ironiques, qui en disent long, quand vous mangez tranquillement un banana split, triple boules vanille avec supplément chantilly.
"Tu ne devrais pas mettre de robe/short, ce n'est pas flatteur vu ta silhouette"
Mesdames, Messieurs (vu la fréquence à laquelle j'emploie cette expression, je devrais me lancer dans la politique !), oser mettre un short, une robe, un maillot est déjà une épreuve pour nous. Pour ma part, j'ai horreur de mes jambes et, même en été, je suis souvent en pantalon. Alors, quand je sors en short ou que je me mets en maillot à la piscine, c'est un véritable défi. Même en pantalon, je croise rarement les jambes, parce que je me trouve immonde et que j'ai l'impression que la taille de mes cuisses qui s'étalent fait la longueur du périph' parisien. Subir des regards moqueurs ou critiques, alors qu'on s'est battu·e intérieurement avec nous-même pendant plus d'une demi-heure, ou s'entendre dire qu'on ne devrait pas s'habiller comme ça parce que "c'est pas flatteur", c'est nous faire nous sentir encore plus mal, plus moche, plus nul·le, plus tout ce que vous voulez tant que ça vous fait comprendre à quel point c'est horrible comme sensation.
" De toute façon si tu es et restes comme ça, c'est de ta faute"
Ça pique un peu pas vrai ? En tout cas ce genre de réflexion a le mérite de relancer le débat sur l'euthanasie (cette punchline n'est pas de moi, je précise).
Il y a des tas de facteurs qui expliquent une prise de poids : le stress, la pilule pour les femmes ou une grossesse, des problèmes hormonaux comme avec la thyroïde, les gênes (certaines familles sont, de générations en générations, plus en chair que d'autres), la dépression, etc. Il n'y a donc pas que des problèmes de malnutrition à l'origine du surpoids. Du coup, pour perdre du poids tout ne se règle pas forcément avec un régime (pour ceux/celles qui souhaitent perdre du poids, je ne parle pas vraiment de ceux et celles qui s'assument dans cet partie, même s'ils ont toute mon admiration). Arrêtez donc de dire et/ou de croire que tout est de notre faute. On est les premiers et premières à en souffrir, vous pensez vraiment qu'on n'a rien essayé ? Nous rabâcher les oreilles à longueur de journée avec ce genre de remarques déplaisantes, c'est nous humilier mais aussi nous culpabiliser (et je vous le rappelle, on n'a pas besoin des autres pour ça !).
Alors effectivement j'ai des formes, j'ai pris beaucoup de poids en quelques années et mon sang est tellement sucré que je suis à l'origine de l'accroissement de la population de moustiques du coin. Je le sais, je le vois et j'aimerais que ça s'arrange mais ce n'est pas en me faisant des remarques déplaisantes que ça va m'aider à avancer. Utilisez vos mots pour construire de l'amour et des encouragements, plutôt que pour détruire la confiance en soi et la motivation de vos proches, qui en souffrent.
Aujourd'hui, à travers cet article, j'aimerais envoyer un message à la société. Cette société qui nous renvoie chaque jour une image négative de nous à la figure, cette société qui nous fait nous sentir coupable de reprendre une part de gâteau, cette société qui nous fait avoir honte de nos formes. Ce serait utopique d'imaginer que tout va changer après ce témoignage, mais j'aimerais que les personnes qui me liront prennent conscience du poids (oui, oui) des paroles qu'elles peuvent avoir et de la souffrance que le surpoids cause déjà chez les personnes concernées.
J'ai parlé de plusieurs choses, que j'ai déjà entendues ou que je ressens mais je dois être passée à coté de plein de choses! Chacun·e a son expérience, ses complexes, son histoire et ses défis. J'aimerais pouvoir donner une solution à toutes ces personnes qui se sentent mal dans leur peau (puisque maintenant, après avoir lu ceci plus personne n'osera vous critiquer ! Oooh on peut rêver un peu, non ?) malheureusement je n'en ai pas. Mais j'aimerais que chacun·e essaye de travailler sur lui/elle, parvienne à accepter ses formes, même s'il s'agit d'un travail long et difficile et à accepter qu'iel est beau/belle et peut être fier·e de ce qu'iel est.
Alors, maintenant que les personnes critiques et les critiqués sont réconciliées : vous reprendrez bien une part de gâteau ?
Christabel.





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